- Le tri par durée de conservation ramène couramment une base de 6 000 fiches à 3 500-4 000 fiches réellement exploitables — sans rien perdre d'utile
- Trois régimes se superposent : 3 ans pour un prospect (référentiel CNIL), 5 ans de prescription de droit commun (art. 2224 du code civil), 5 ans après la fin de la relation d'affaires pour les pièces LCB-FT (art. L.561-12 du CMF)
- Migrer en 3 vagues (50 dossiers témoins, portefeuille actif, archives) et geler l'ancien outil en lecture seule à date annoncée
- Normaliser AVANT l'import : téléphones en E.164, dates en ISO, champs libres éclatés — une date mal convertie décale une échéance de trois mois
- Budget réaliste : 25 à 60 heures internes pour 5 000 à 8 000 fiches, consommées par le tri et la recette, pas par l'import
Changer de CRM est la décision que les cabinets de courtage repoussent le plus longtemps — non pas parce que l'outil actuel convient, mais parce que la reprise de données fait peur. La crainte est fondée : une migration ratée ne se voit pas le jour du basculement, elle se voit trois mois plus tard, quand une relance ne part pas, qu'une échéance passe à la trappe, ou que l'ACPR demande à voir un dossier dont la moitié des pièces sont restées dans l'ancien système.
Cette méthode est celle que nous appliquons sur les reprises de portefeuille. Elle tient en cinq étapes et un principe : on ne migre pas un fichier, on migre une obligation de conseil.
Pourquoi une reprise de portefeuille échoue-t-elle ?
Les échecs suivent presque toujours l'un de ces quatre scénarios, et aucun n'est technique :
- Le périmètre n'a jamais été arrêté. On décide de « tout reprendre », donc on reprend aussi les 4 000 prospects morts de 2019, les doublons, et trois exports Excel dont personne ne connaît la provenance. La base d'arrivée naît polluée.
- Les pièces justificatives restent derrière. Les contacts migrent, pas les documents. Or c'est dans les documents que vit la preuve du conseil : fiche de recueil des besoins, document d'information normalisé, mandat, courriers de résiliation.
- Personne n'a écrit les durées de conservation. La migration devient l'occasion de faire repartir un compteur RGPD à zéro sur des données qui auraient dû être purgées.
- La bascule se fait un lundi matin, d'un coup. Sans période de double saisie ni jeu de contrôle, on découvre les écarts en production, sur des clients réels.
Le bon indicateur d'une migration réussie n'est pas « toutes les lignes sont passées ». C'est : sur dix dossiers tirés au hasard, peut-on reconstituer intégralement le parcours du client et la preuve du conseil dans le nouvel outil, sans ouvrir l'ancien ?
Étape 1 — Cartographier ce que vous détenez réellement
Avant tout export, listez les sources. Un cabinet de taille moyenne en compte plus qu'il ne le croit : le CRM historique, un ou deux extranets compagnie, la boîte mail partagée, un dossier réseau de pièces scannées, un tableur de suivi de commissions, et parfois un fichier personnel de commercial.
| Source | Contenu typique | À reprendre ? | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| CRM historique | Contacts, contrats, historique d'échanges | Oui | Doublons, champs libres non structurés |
| Extranets compagnie | Situation de contrat, échéances, sinistres | Partiellement | Source de vérité qui reste l'assureur |
| Dossier réseau / GED | Pièces signées, mandats, DIN | Oui, en priorité | Rattachement au bon dossier client |
| Boîte mail partagée | Preuve d'échange, accords oraux confirmés | Sélectivement | Volume, données de tiers |
| Tableurs individuels | Pipeline commercial parallèle | À arbitrer | Souvent hors registre de traitement |
Étape 2 — Trancher le périmètre par la durée de conservation
C'est l'étape qui fait gagner le plus de temps, et celle qui est presque toujours sautée. Le tri ne se fait pas au jugé : il se fait à partir des durées applicables. Trois régimes se superposent sur un même dossier de courtage.
| Catégorie | Durée de référence | Fondement | Décision de reprise |
|---|---|---|---|
| Prospect sans contrat | 3 ans depuis le dernier contact émanant du prospect | Référentiel CNIL — gestion commerciale | Reprendre si dans la fenêtre, sinon purger |
| Prospect — contentieux potentiel | Jusqu'à 5 ans (prescription de droit commun) | Article 2224 du code civil | Archivage intermédiaire, pas base active |
| Client en portefeuille | Toute la durée de la relation contractuelle | Exécution du contrat | Reprendre intégralement |
| Client sorti | Archivage intermédiaire après la fin du contrat | Prescription applicable | Reprendre en archive, accès restreint |
| Pièces d'identification LCB-FT | 5 ans à compter de la fin de la relation d'affaires | Article L.561-12 du code monétaire et financier | Reprendre, cloisonner l'accès |
Sur un portefeuille de 6 000 fiches, ce simple tri ramène couramment la base active à 3 500 à 4 000 fiches. Vous ne perdez rien : vous cessez de payer, de sauvegarder et d'exposer des données que vous n'avez plus le droit de démarcher.
Le point qui change tout depuis le 11 août 2026. Le nouveau régime du consentement au démarchage téléphonique rend une partie du stock de prospects inexploitable en appel sortant. Une migration est le bon moment pour marquer chaque fiche prospect avec l'origine, la date et la preuve du consentement — plutôt que de migrer un bloc indifférencié dont vous ne saurez plus, dans six mois, ce que vous avez le droit d'en faire.
Étape 3 — Normaliser avant d'importer, jamais après
Quatre normalisations suffisent à éviter 90 % des reprises sales, et toutes doivent être faites sur le fichier d'export, avant l'import :
- Téléphones au format E.164 (+33…). C'est la condition d'un rapprochement fiable avec la téléphonie, les SMS et les listes d'opposition.
- Emails validés syntaxiquement et dédoublonnés, en conservant l'adresse la plus récemment active comme clé de rapprochement.
- Dates en ISO (AAAA-MM-JJ). Les échéances mal converties sont la première cause de relance qui ne part pas : un 03/04 lu à l'américaine décale une échéance de trois mois.
- Champs libres éclatés en champs structurés. Un commentaire « mutuelle chez X, échéance décembre, veut voir en octobre » doit devenir trois données exploitables, sinon aucune automatisation ne pourra s'appuyer dessus.
Étape 4 — Migrer en trois vagues, pas en une
La bascule d'un bloc est le principal facteur de sinistre. Le séquencement qui tient :
- Vague 1 — jeu témoin (50 dossiers). Choisis pour couvrir tous les cas : mono-contrat, multi-contrats, client en sinistre, dossier avec mandat, prospect ancien. Import, puis contrôle ligne à ligne par un gestionnaire qui connaît ces dossiers.
- Vague 2 — portefeuille actif. Clients en cours et prospects dans la fenêtre de trois ans. Double saisie pendant deux semaines : toute création se fait dans les deux outils, l'ancien reste en lecture.
- Vague 3 — archives. Clients sortis et pièces LCB-FT, importés en accès restreint, sans exposition aux automatisations commerciales.
Un point de gouvernance qui ne coûte rien et sauve des situations : gelez l'ancien système en lecture seule à date fixe, annoncée à l'équipe. Tant que les deux outils acceptent des écritures, l'écart se creuse chaque jour.
Étape 5 — Contrôler avec un jeu de tests écrit
Le contrôle de recette ne s'improvise pas le jour J. Sept vérifications, à écrire avant la migration et à repasser après chaque vague :
- Comptage : nombre de fiches attendues par catégorie, écart toléré nul.
- Unicité : aucun doublon sur la clé retenue (téléphone normalisé ou email).
- Rattachement : chaque contrat pointe vers un client existant ; zéro orphelin.
- Échéances : les 20 prochaines échéances du portefeuille correspondent, date pour date, à celles de l'ancien outil.
- Pièces : sur les 50 dossiers témoins, toutes les pièces signées sont présentes et lisibles.
- Piste d'audit : sur 10 dossiers, on reconstitue le parcours de conseil sans ouvrir l'ancien système.
- Droits : un collaborateur non habilité ne voit pas les pièces d'identification LCB-FT.
Ce que ça coûte, et ce que ça rapporte
Une reprise sérieuse sur un portefeuille de 5 000 à 8 000 fiches représente entre 25 et 60 heures de travail interne, l'essentiel étant consommé par le tri du périmètre et la recette, pas par l'import technique. Face à cela, deux gains mesurables : la disparition de la double saisie quotidienne, et surtout la capacité à faire tourner des relances automatiques sur des échéances fiables.
C'est ce dernier point qui justifie l'investissement. Un portefeuille dont les échéances sont propres permet enfin de travailler la multi-équipement et la rétention, alors qu'un portefeuille aux dates approximatives condamne le cabinet à ne réagir qu'aux appels entrants. Sur la partie amont, la connexion de vos sources de leads au CRM ferme la boucle, et la piste d'audit opposable transforme la base propre en preuve utilisable devant l'ACPR.
Si vous achetez des leads en complément de votre portefeuille, les mêmes exigences de format s'appliquent dès l'entrée : une fiche Olead correctement mappée dans le CRM le jour de sa réception vaut mieux qu'un retraitement six mois plus tard. Et pour les verticales concernées, l'assurance emprunteur et la loi Lemoine restent les gisements de rappel les plus rentables sur un portefeuille bien daté.
Questions fréquentes
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