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La méthode des échéances : renouveler son portefeuille avant que la concurrence n’appelle

Un cabinet de courtage a deux façons de croître : conquérir de nouveaux clients, ou ne pas perdre ceux qu’il a — et leur vendre ce qui leur manque. La seconde est la moins chère, et elle repose sur une discipline unique : travailler les échéances de contrats avant qu’elles n’arrivent. Voici la méthode, telle qu’elle se pratique dans les cabinets organisés.

Pourquoi l’échéance est le moment décisif

L’échéance annuelle concentre tous les événements à risque : avis d’échéance envoyé par la compagnie, augmentation éventuelle de cotisation, fenêtre de résiliation — et, depuis la résiliation infra-annuelle en santé et la loi Lemoine en emprunteur, une exposition permanente à la concurrence. Le client qui reçoit son avis d’échéance avec une hausse et aucun appel de son courtier est exactement celui qui répond au concurrent suivant.

À l’inverse, le courtier qui appelle avant l’avis d’échéance choisit le terrain : il annonce la hausse lui-même, la remet en perspective, propose un ajustement ou une alternative — et transforme un moment de risque en preuve de suivi.

Le processus J-60 / J-30 / Jour J

J-60 — la revue du dossier. Deux mois avant l’échéance, le dossier passe en revue : cotisation actuelle et évolution attendue, sinistres et remboursements de l’année, changements de situation connus (déménagement, naissance, nouvelle activité), garanties devenues inadaptées. C’est le moment de décider : reconduction simple, ajustement de formule, ou remise en concurrence.

J-45 / J-30 — le contact. Un appel ou un rendez-vous, selon l’enjeu du dossier. L’objectif n’est pas de « vendre » : c’est de faire le point. Les besoins non couverts détectés à cette occasion (une prévoyance absente, un emprunteur jamais renégocié) alimentent naturellement la suite de la relation.

J-15 — la décision. Si une substitution est engagée, c’est la fenêtre pour boucler la comparaison, le devoir de conseil écrit et les formalités — sans être rattrapé par les préavis.

Jour J — la confirmation. Le contrat reconduit ou remplacé, une trace écrite ferme le cycle : ce qui a été revu, ce qui a été décidé, ce qui est planifié pour l’année suivante.

Les trois conditions pour que ça tienne

1. Un portefeuille dont les échéances sont connues. Cela suppose que chaque contrat soit enregistré avec sa date d’échéance — y compris les contrats repris d’un autre courtier ou souscrits il y a des années. Un portefeuille dont 30 % des échéances sont inconnues est un portefeuille dont 30 % se renouvelle au hasard.

2. Des relances qui se déclenchent seules. La méthode meurt si elle dépend de la mémoire du dirigeant. La revue J-60 doit apparaître automatiquement dans les tâches du conseiller qui gère le client — c’est exactement le genre de mécanique qu’un CRM métier doit fournir sans qu’on la lui demande.

3. Une trace de chaque contact. L’appel de J-30 n’a de valeur que s’il laisse une note : ce qui a été dit, ce que le client a décidé, ce qui a été promis. C’est cette note qui rend le cycle suivant plus facile — et qui protège le cabinet si le dossier est discuté.

Ce que la méthode rapporte

Sans avancer de chiffres — ils dépendent trop de la structure de chaque portefeuille — les effets de la méthode sont mécaniques : moins de résiliations subies, puisque les hausses sont annoncées et traitées avant l’avis d’échéance ; des ventes additionnelles issues des points annuels, puisque chaque revue de dossier fait remonter les besoins non couverts ; et une relation qui change de nature, le client constatant qu’il est suivi sans avoir à le demander. Le renouvellement cesse d’être une course de rattrapage : c’est un processus, planifié des semaines à l’avance, qui tourne toute l’année.

Questions fréquentes

Pourquoi commencer à J-60 et pas à J-30 ?

Parce que la revue du dossier précède le contact : à J-60, vous avez le temps d’analyser le dossier, de préparer une alternative si nécessaire, puis de contacter le client sans être contraint par les préavis de résiliation.

Faut-il appeler tous les clients à chaque échéance ?

Non : la revue J-60 sert justement à trier. Un contrat stable sans hausse ni changement de situation peut se reconduire avec un simple message ; un dossier avec hausse, sinistre ou évolution de situation mérite un appel ou un rendez-vous.

Comment gérer les échéances quand le portefeuille est dans un tableur ?

C’est possible mais fragile : le tableur ne relance personne. La méthode ne tient dans la durée que si chaque échéance déclenche automatiquement une tâche pour le bon conseiller — le rôle d’un CRM de courtage.